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Mercredi 03 Mai 2006

 

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publié par NASSMLAHCITE dans: CULTURE
Mercredi 03 Mai 2006

 

 

 

 

 

 

Le Leader Mohamed El- Mokrani 1815 - 1871

un des principaux leaders des mouvements populaires connues au 19ème  siècle après la conquête française en Algérie en 1830 . Mohamed El-Mokrani est le Fils de Ahmed El-Mokrani un des gouverneurs ( Khalifa ) de la région de Medjana située dans les hauts plateaux . Après la mort de Ahmed El-Mokrani , les autorités françaises ont désigné à sa place son fils Mohamed El-Mokrani comme " Bachagha " . Et à la suite de quelque désaccord avec les autorités françaises , il démissionna de son poste en Mars 1871. Et c'est en cette même année que notre leader Mohamed El-Mokrani s'est révolté contre les français en menant son armée jusqu'à Bordj- Bou - Arréridj avec l' aide de son frère Boumezreg et son cousin El Hadj Bouzid , et Cheikh El Haddad qui s'est joint à cette révolution . Après avoir mené un dur combat Mohamed El-Mokrani est tombé Martyre le 5 Mai 1871. Sa tombe se trouve à Beni -Abbes ( Béjaïa ). Sous le commandement de son frère Boumezreg , la révolution s'est poursuivie jusqu'au 20 Janvier1872 , date de son arrestation.

Bilan de cette révolution : 100 000 Algériens morts , Saisie des terres , Exil de la famille El-Mokrani au sud , Emigration de beaucoup d'Algériens , surtout vers la Syrie , Parution du code de l'indigénat (1881).

 

 

 

MEDJANA

 

Bordj- Bou - Arréridj

publié par nassmlahcity dans: ALGERIEN
Mercredi 03 Mai 2006

Ecriture de l’histoire

par :Khadidja Mohamed Bouziane

                                                    Pourquoi ce silence ?

 

Finalement, que savons-nous réellement de la présence française en Algérie ? Une présence commencée par une invasion armée en 1830 et qui s’est éternisée par la suite pendant pas moins de 130 années. Les vestiges de cette colonisation  existent un peu partout, même dans les villages les plus reculés et nous renseignent sur le désir des Français de s’ancrer en cette terre. Que sait-on des faits de la Guerre de Libération, sinon qu’elle a permis à l’Algérie de recouvrer son indépendance ? Tout ce que nous en savons, nous l’avons appris à travers des cours d’histoire enseignés d’après des manuels pédagogiques conçus de façon à distiller de cette tranche de notre histoire des faits au compte-gouttes.

Les médias n’ont pas fait mieux. Télévision, radio et journaux n’ont jamais réellement fait un travail de mémoire et nous ont, à leur tour, servi une histoire aseptisée au mieux. Faut-il croire que le fait de survoler cette tranche de notre histoire, en s’arrêtant de temps à autre sur des faits marquants, soit une volonté d’aller de l’avant et ne plus se morfondre sur ce qui s’est passé ? Mais avant que de tourner une nouvelle page de l’histoire, il est important de passer au peigne fin le passé, mais aussi et surtout d’écrire et d’archiver le tout.

Chez nous, ce travail de mémoire n’a pas été fait. Et sitôt l’Algérie devenue pays libre, les longues années de colonisation et leur cortège de misères sont relégués aux oubliettes. Mais, curieux paradoxe, ce que nous avons omis de faire, les Français l’ont fait pour nous. Avec une différence qui est tout de même de taille : les Français ont beaucoup écrit sur leur présence en Algérie mais n’ont pas manqué d’embellir la vérité, à leur avantage, bien entendu.

Ainsi, il ressort de toute cette littérature que la colonisation n’a apporté que des bienfaits à un peuple qui vivait en dehors de la civilisation. Les Algériens étaient alors décrits comme des indigènes sans culture, paresseux, retors… et parfois à la limite de l’idiotie. Apporter culture, savoir et civilisation à ces indigènes était parfois même assimilé à une mission humanitaire dont le but est de faire connaître les bienfaits de la culture européenne au peuple qui vit sur cette terre de l’Afrique du Nord. Une terre tellement riche qu’elle n’a pas manqué de susciter la convoitise de ces colonisateurs, qui avaient décidé de rester et aussi de s’approprier cette terre par tous les moyens possibles. Tout ceci, la littérature française ne le mentionne pas quand elle raconte sa présence en Algérie. Elle ne raconte pas non plus le travail de sape qui a commencé dès le début. Et ce, malgré l’assurance faite aux Algériens de respecter leur langue et leur religion.

En effet, après la capitulation du Dey d’Alger, une clause très importante interdisait les missions chrétiennes en Algérie et garantissait le soutien des Français à l’islam. Cette assurance n’a pas été respectée longtemps puisqu’en 1868 et 1869, le cardinal Charles Martial Lavigerie fonde la congrégation des pères blancs et celle des sœurs missionnaires. Ces religieux, qui maîtrisaient aussi bien l’arabe que le kabyle, avaient pour mission de sillonner le pays et d’aller dans les endroits les plus reculés. Ils construisaient des hôpitaux, des orphelinats et des écoles. Dispenser le savoir et le bien-être autour semblait, de prime abord, leur préoccupation essentielle, mais leur objectif était des plus clairs : convertir les populations locales à la religion chrétienne.

Ces missions, même si elles ont réellement soulagé quelques misères, ne sont-elles pas en contradiction avec les garanties données dès le début de la colonisation ? Mais que fallait-il en réalité attendre d’un colonisateur qui voulait à tout prix s’enrichir pour sortir son pays de la mauvaise passe dans laquelle il se trouvait ? Sûrement pas de tenir ses promesses et de se conduire avec une rectitude parfaite.

Donc sitôt les garanties données au Dey oubliées, c’est un vrai travail de sape qui commence. Gommer petit à petit la culture algérienne et détruire tout ce qui peut rappeler la présence d’une civilisation antérieure à 1830. Le travail de sape ne s’est pas limité à cela ; on a déshérité de nombreuses familles et donné leurs terres aux colons qui ont quitté la misère d’une Europe où ils pouvaient à peine se nourrir pour se retrouver du jour au lendemain de riches propriétaires terriens. Beaucoup de ces colons étaient des hors-la-loi qui sont devenus, par la force des choses, de respectables propriétaires. La littérature française leur donne de grands mérites, entre autres celui d’avoir asséché les marécages de la plaine de la Mitidja et d’en avoir fait une terre riche où ils ont pu mettre au point une agriculture des plus développées.

Mais ce que ces livres omettent de dire, c’est que la plaine de la Mitidja a toujours été une terre fertile, bien avant l’arrivée des colons, et que les Algériens qui y vivaient ont été contraints d’abandonner leurs terres qui, après des années, sont devenues des marécages.

Les livres ne racontent pas toutes les humiliations subies par les Algériens qui ont dû fuir pour aller vivre dans les endroits les plus reculés à la recherche d’un peu de paix.

Les livres disent-ils que des villages entiers ont été décimés et qu’il n’en est resté personne ? Les livres disent-ils les massacres, les enfûmades, les incendies… et toutes les horreurs subies par un peuple qui vivait en paix avant que les Français ne décident que désormais leur pays fera partie de leurs colonies ? Déposséder tout un peuple des richesses de son pays et le faire vivre dans le dénuement le plus total peut-il être assimilé à une mission humanitaire ? Procéder à un génocide systématique ne peut être assimilé qu’à ce qu’il est en réalité. Pendant un siècle un quart, les Français ont dépossédé les Algériens de leurs biens, les ont obligés à utiliser une autre langue que celle qu’ils ont toujours connue ; ils ont tué, assassiné, déporté, torturé ceux qui ont eu le courage de leur tenir tête. Malgré cela ils continuent, jusqu’à ce jour, de clamer haut et fort qu’ils nous ont apporté la civilisation qui nous faisait défaut à nous, le peuple de sauvages qu’ils ont discipliné.

D’un autre côté, l’histoire écrite par les Algériens reste très superficielle. Si elle retrace les grandes lignes et les grands faits, elle reste un peu frileuse sur la nature de cette colonisation qui a déchiré tout le peuple et semé les graines de la discorde, à ce jour palpables à travers la tendance à la régionalisation qui ne peut être d’aucun bien pour le pays. Pourtant, le mal fait par cette présence coloniale ne peut être dénié ou pardonné.

C’est indéniablement la nature de ce passé qui fait que nos relations avec la France n’ont jamais été paisibles, tant que les Français se considèrent comme nos civilisateurs et que nous n’aurons pas le courage d’aller leur dire qu’ils n’ont apporté que misère et horreur dans notre pays, la balance ne sera jamais équilibrée et ils continueront à nous toiser.

Le président Abdelaziz Bouteflika a compris cette logique, lui qui a conditionné la signature du traité d’amitié à la reconnaissance par la France de son passé colonial. ″Nous sommes des amis et non des ennemis. Nous ne voulons que la paix et la sécurité, mais aussi entretenir des relations d’égal à égal″, avait-il alors déclaré.

Mercredi 03 Mai 2006
 
الإمام عبد الحميد بن باديس

 

رائد الحركة العلمية والإصلاحية في الجزائر 1889-1940 م

 

 

 

رجال صدقوا ماعاهدو الله عليه        

 

 

 

 
 
 

بقلم عبد المالك حداد

 

 

 

 

 

 

 

Cheikh Abdelhamid Ben Badi Educateur et Réformateur religieux

Abdelhamid Ben Badis, Président de l'Association des Oulémas musulmans algériens, figure emblématique du mouvement réformiste musulman en Algérie, dans la première moitié du XXème siècle, est né  le 5 décembre 1889 à Constantine où il mourut le 16 avril 1940. Il appartenait à une famille patricienne dont les origines remontaient aux Zirides. Bologhine Ibn Ziri, le fondateur d'Alger, est l'une des plus célèbres figures de cette famille princière. C'est dans sa ville natale qu'il apprit le Koran selon les usages traditionnels, et les bases de ses connaissances en langue et littérature arabes, ainsi que celles des sciences de la religion islamique. Tout enfant, il est placé sous le préceptorat de Hamdân Lounissi, adepte de la confrérie mystique des Tidjâniyya, qui marquera durablement le jeune Abdelhamid.

 

 

Elève, à partir de 1908, de l'Université Zeitouna à Tunis, il y subit l'influence de maîtres, notamment de Tahar Ben Achour, adeptes du mouvement salafi- réformiste musulman prônant le retour à un Islam purifié de toutes les déformations qui l’avaient dénaturé. Ce mouvement s'était répandu dans la deuxième moitié du XIXè siècle au Proche-Orient et en Egypte. Après avoir obtenu son diplôme en 1912, Abdelhamid va enseigner pendant une année à la Zitouna, conformément aux usages appliqués par cette prestigieuse université tunisienne.

 

 

 près avoir accompli le pèlerinage à la Mecque et Médine où il se rendit à l'issue de ses études à Tunis, il côtoya le   mouvement réformiste rigoriste des Wahhabites en plein essor dans les lieux saints de l'Islam. Durant son séjour à Médine, Abdelhamid qui va retrouver son premier maître Hamdân Lounissi, résidant désormais dans la cité du Prophète, va compléter et approfondir ses connaissances auprès de cet exilé volontaire ainsi qu’auprès d’autres maîtres. De retour en Algérie, il se consacra d'abord, de 1913 à 1925, à l'enseignement et à l'action culturelle, avant de vouer toute son énergie à la réforme de la pratique religieuse dans le pays. Contrairement à ce qui est fréquemment soutenu -par des publicistes et des historiens- le mouvement réformiste religieux en Algérie ne fut pas créé ex- nihilo par Ben Badis et ses compagnons. La fin du XIXème et le début du XXème siècles virent naître l’émergence d’intellectuels réformistes représentés par un groupe d’Oulémas et d'enseignants de valeur à Alger, Constantine et Tlemcen et ailleurs, tels les cheikhs Medjaoui, Ben Smaïa, Benali Fekhkhâr qui ont condamné les pratiques

 

 

obscurantistes d'un certain nombre de confréries religieuses, et de personnages considérés comme saints en raison de leur piété ou de leur ascendance, comme ils ont dénoncé la mainmise de l'administration coloniale sur le culte musulman. Lors de sa visite en 1905  à Alger et Constantine, le Cheikh Mohammed Abdou rencontra plusieurs de ces lettrés enseignants.

 

 

Le mouvement réformiste se développa en Algérie pendant l’entre deux guerres mondiales grâce à l'action de Ben Badis et d'un groupe d'anciens élèves et de compagnons, loyaux fidèles, disciples formés dans leur majorité à Tunis ou au Moyen-Orient. Ce mouvement trouvant son inspiration dans la pensée et l'action de Mohammed Abdou et de Rachid Ridha, subit aussi indubitablement l'empreinte des idées rigoristes et souvent intransigeantes des Wahhabites auquel il emprunta un certain nombre d'idées et de pratiques.

 

 

Le but de Ben Badis maître à penser de ce cénacle et leader animateur du groupe de ses compagnons, alliant une intégrité et une probité intellectuelle sans failles, à un amour passionné pour l'Algérie, sa langue et sa religion, était d’épurer l'Islam algérien de toutes les pratiques non conformes au Koran et à la Sunna, les deux seules sources dogmatiques de la religion. Tous ces hommes dévoués et volontaires désiraient, avec les outils de l'éducation, le livre, la presse, revivifier l'orthodoxie des premières splendeurs de l'Islam tout en la conciliant avec les perspectives d'ouverture d'un modernisme modéré. Les Musulmans devaient prendre exemple sur les vertueux ancêtres -as-Salaf as-Salih- et comme au Moyen-Orient, les adeptes du réformisme religieux se firent appeler Salafiya/ Salafites. De même ils furent connus par le nom d'Islahiya/ -les réformateurs.

 

 

De 1913 à 1925, dès son retour au pays, Abdelhamid Ben Badis va consacrer tous ses efforts et ses talents remarquables d'éducateur à l’enseignement ; cela va des sciences éducatives telles: la littérature, l'histoire, la géographie aux disciplines civiques et religieuses. Son action pédagogique cible aussi bien la jeunesse, garçons et filles, que les adultes:

 

 

·         en 1917, il aménage un cours public dans la mosquée de Sidi Qammoûch, à Constantine.

 

 

·          toujours dans sa ville natale, au siège de la Société de Secours musulman, avec le concours de ses premiers disciples, des cours du soir pour adultes sont dispensés, et les langues arabe et française étaient au programme

 

 

·         en 1918, Ben Badis, en véritable manager, envoya à l’Université de la Zitouna à Tunis, la première promotion d'un groupe d'étudiants algériens qui seront appelés à constituer les cadres de l'enseignement libre, ouvrant la voie à des missions d'études programmées périodiquement.

 

 

·         en 1919, à Sidi Boumaza, la première école de filles est ouverte sous son impulsion. Ben Badis se chargera lui même, avec le concours de Moubarak Al-Mili, de dispenser les cours comprenant très tôt que l’instruction des filles est un paramètre incontournable pour tendre à la renaissance de la société algérienne.

 

 

parallèlement à ses intenses activités socio-éducatives, le Maître, avec sa clairvoyance habituelle doublée d’un remarquable pragmatisme, va investir, dans une première étape, les espaces socioculturels en milieu urbain. Ainsi :

 

 

·         il encourage, organise et parraine l’éclosion de nombreuses sociétés musicales essaimées à travers le territoire national, ainsi que des troupes théâtrales et des formations sportives.

 

 

·         il a été l’un des premiers leaders à avoir su comprendre l’apport considérable qu’on pouvait tirer du mouvement scout pour encadrer et structurer l’organisation de masse des jeunes.

 

 

·         par ailleurs, des centres culturels voient peu à peu le jour, toujours sous son instigation et son égide dont le plus célèbre, le Cercle du Progrès, à Alger était animé par Tayeb Al-Oqbi, un fidèle compagnon du Maître.

 

 

L'action du groupe en vue de la régénération morale des Musulmans algériens, de la renaissance d'un Islam à leurs yeux authentique, et l'affirmation de la personnalité arabo-musulmane du peuple algérien, prit plusieurs formes et s'alignera au combat pour défendre ses idéaux sur le terrain de la presse.

 

 

Dès 1925 il publia le journal Al-Muntaqid  -le Censeur- et c’est dans les colonnes de ce périodique, que, lui et ses compagnons commencèrent à diffuser les idées réformistes. Le journal jugé subversif par l’administration coloniale, fut interdit à son 18è numéro. Toujours opiniâtre, Ben Badis créa par la suite d’autres publications périodiques. La plus célèbre reste Ach-Chihab -Le Météore-   qui  va offrir une grande tribune médiatique à la propagation du discours badissien et parut de 1925 à 1939, lorsque le Cheikh en interrompit volontairement la publication, de crainte, pensent certains de ses historiens biographes, d’être obligé de prendre position pour l’un ou l’autre des deux camps qui s’affrontaient en Europe.

 

 

 La création d’écoles où étaient enseignés la langue arabe et les principes d’un Islam rénové, fut le deuxième moyen d’action utilisé par Ben Badis et ses partisans. Si en 1934-1935, le journal Ach-Chihab annonce la création, jusqu’à cette date, de 70 écoles -d’une ou deux classes réparties dans différentes régions du pays avec 3000 élèves inscrits- l’Association des Oulémas, qui sera créée en 1931, publia en 1950 la liste de 124 écoles avec un corps éducatif constitué de 274 maîtres. En 1954 la même Association relève un nombre de 40.000 élèves fréquentant ses établissements scolaires. Elle créa à Constantine, en 1947, l’Institut Ibn Badis, établissement secondaire qui formera des enseignants et des élèves appelés à être envoyés poursuivre leurs études à Fès, Tunis et au Moyen-Orient.

 

 

Pour exercer son action et réunir toutes les bonnes volontés engagées dans la lutte pour le renouveau de l’Islam, Ben Badis et ses compagnons s’unirent en 1931 aux cheikhs des confréries religieuses importantes pour créer l’Association des Oulémas musulmans algériens. C’est au Cercle du Progrès, en 1931 à Alger, lors d’une réunion de l’Assemblée générale constitutive de l’Association des Oulémas Musulmans regroupant les compagnons, les disciples, les sympathisants et les délégués de l’intérieur du pays autour du Maître, que Abdelhamid Ben Badis a été élu Président de cet organisme. Au premier conseil d’administration siégeaient : Tayeb Al-Oqbi, Moubarak Al-Mili, Bachir Al-Ibrahimi, et  Larbi Tébessi.

 

 

Ainsi ce sont les réformistes qui s’emparèrent des postes clefs de l’Association et marginalisèrent rapidement les représentants des confréries. Une année après, c’était la rupture définitive avec les cheikhs des confréries qui formèrent à leur tour une Association des Oulémas Sunnites d’Algérie. Le conflit scissionniste ouvert entre les deux groupes antagonistes : les Oulémas réformistes d’une part, et les chefs des confréries et des Zaouias d’autre part, va perturber la masse du peuple. Notamment la paysannerie et le peuple profond caractérisés par une simplicité naturelle dans la pratique de leur dévotion et qui restaient encore très attachés à ses Zaouïas d’autant que ces dernières détenaient un pouvoir spirituel considérable, et exerçaient en même temps une profonde influence temporelle : enseignement, arbitrage, hospitalité, œuvres charitables

 

 

La doctrine principale du réformisme musulman, l’islâh des oulémas rassemblés autour du Maître et leader, Ben Badis, était fondée foncièrement, rappelons-le sur le retour aux deux sources essentielles de l’Islam : le Koran et la Sunna. Ils prônaient la régénération de l’Islam et leur action, se référant constamment  à la pure religion des ancêtres vertueux délestée des innovations blâmables -bida`-, était axée sur une offensive passionnée contre tous les milieux traditionalistes accusés de propager un soufisme obscurantiste et rétrograde en contradiction avec les valeurs musulmanes authentiques. Ils condamnaient particulièrement le culte des saints et accusaient les cheikhs et les adeptes des zaouïas et des confréries de charlatans, de « faiseurs » d’amulettes, allant jusqu’à les taxer de polythéisme -chirk-. Ils les présentaient comme des exploiteurs du peuple, abusant sans vergogne de la crédulité des populations rurales.

 

 

Si Ben Badis lui même, présenté souvent comme un soufi, ne se montra pas toujours sévère  envers les confréries religieuses, ayant toujours su cultiver les vertus de l’écoute et de la tolérance en digne adepte d’Ibn Arabi et de Jalal Al-dîn al-Rûmi, d’autres membres de son association, par contre, firent preuve d’une intransigeance dogmatique qui scinda certaines cités du pays, en deux camps antagonistes livrés à des affrontements dans les domaines de la théologie, de la morale et de la pratique quotidienne des principes de la religion.

 

 

Ils menèrent bien souvent une campagne souvent sévère, voire parfois injurieuse, de dénigrement et de dérision contre les adeptes de pratiques religieuses populaires. Cette campagne n’épargna pas un certain nombre de zaouias dirigées et animées par des hommes de bien, dignes de tout mérite et de tout éloge. Pour préserver leur pouvoir et aussi leurs privilèges -et ils en avaient-, certains cheikhs de zaouias se rapprochèrent de l’administration coloniale qui sut les récupérer, et les auxiliariser machiavéliquement à la fois, contre les Oulamas réformistes, et contre les partis indépendantistes.

 

 

A la longue, Ben Badis, pour éviter les mesures coercitives du Pouvoir colonial, traduites répressivement  par de répétitives interdictions, frappant ses journaux, et prohibant l’enseignement de la langue arabe, son principal moyen d’action, le Maître s’est interdit, par calcul tacticien, dans ses programmes d’actions, des perspectives et des objectifs politiques dans ses efforts d’émancipation du peuple algérien. Lui et ses compagnons ne cessèrent de proclamer l’appartenance arabo-islamique du peuple algérien. Ainsi, ils se mobilisèrent par l’enseignement et la propagation de la culture arabo-islamique pour servir la patrie algérienne. Cette habile position de « rempart » culturel adoptée par Ben Badis et ses compagnons va contrecarrer, insidieusement, les menées de l’occupant colonial et les agissements des Pères Blancs visant à aliéner un peuple de son substrat identitaire civilisationnel. L’entreprise intrépide des réformistes religieux réussira à mettre un frein à la dépersonnalisation du peuple algérien et à sa division. Le succès de ces combats, sourds et latents, contre l’ethnicisme et le régionalisme, contre ces maux et ces fléaux socio-historiques fomentés, stimulés et attisés par «l’ingénierie» coloniale, se traduira par un succès indéniable.

 

 

Il faut souligner que les réformistes furent adeptes d’un nationalisme modéré, très tôt assez proche des partisans du Manifeste du peuple Algérien de Ferhat Abbas, tout au moins pour ce qui relève de la problématique de l’émancipation du peuple algérien, et qu’ils ont toujours rêvé d’une modification de la politique coloniale française.  Ces réformistes  suivaient  avec beaucoup d’intérêt les efforts de renouveau religieux de Djamel ad-Dîn Al-Afghâni et de Mohammed Abdou et son disciple et futur continuateur Rachid Ridha.

 

 

Ainsi, sans jamais se prononcer ouvertement sur l’indépendance de l’Algérie, le mouvement réformiste lancé et animé par Ben Badis, contribua à l’enracinement du nationalisme libérateur, et à l’extension  de la résistance contre les menées coloniales françaises visant à pérenniser leur occupation impérialiste. L’objectif suprême du Maître du réformisme religieux était fondé sur la sauvegarde de la personnalité d’une Algérie, unie et en symbiose, dans ses spécificités ethniques, religieuses et culturelles … indivisées et indivisibles (avec pour slogan énoncé dans la célèbre triade,  l’Islam est notre religion, la langue arabe est notre langue, l’Algérie est notre patrie.

 

 

L’apolitisme patent de Ben Badis, du moins au début de son action, ne l’empêcha pas de jouer un rôle de premier plan dans la constitution et l’action du Congrès Musulman algérien,  tenu en juin 1936 à Alger, qui, réunissant les principales mouvances politiques du pays, à l’exception des indépendantistes, réclamait l’octroi de la nationalité française sans abandon du statut personnel, pour une élite de 20.000 Algériens, -corps social constitué de détenteurs de diplômés et de fonctionnaires instruits- qui pouvaient ainsi participer aux différentes élections avec le collège des Européens « pieds noirs ». Malgré la modération des revendications visant à améliorer la condition désastreuse du peuple algérien, les colons et l’administration coloniale méprisants et « aveuglés » en même temps, sabordèrent le projet.

 

 

A sa mort, en 1940, Ben Badis laissa plusieurs élèves, disciples et compagnons qui tentèrent de prolonger son action.

 

 

Le plus fidèle et le plus dévoué dans la lutte pour l’indépendance du pays fut, incontestablement, le cheikh Larbi Tébessi. Enlevé par la police française, au cours de la Guerre de libération nationale; son corps ne fut jamais retrouvé.

 

 

A l’opposé de certains membres de l’Association des Oulémas Musulmans Algériens, Ben Badis ne fit jamais preuve de violence verbale envers ses adversaires, y compris envers les cheikhs de zaouïas. Plus serein que la plupart de ses compagnons, plus tolérant, plus ouvert et d’une modestie et d’un détachement de soi quasi mystiques, durant toute sa vie d’intellectuel engagé sur les fronts qui furent les siens, il voulait  gagner à son grand projet d’une société réformée dans ses fondements religieux et culturels, les milieux hostiles, les sceptiques et les indifférents. Il montra la même attitude généreuse et magnanime envers les autres ethnies et religions du pays, ne se départissant jamais d’un profond humanisme tirant son essence et sa quintessence de ses croyances religieuses, et des enseignements précieux de sa somme culturelle qu’il avait acquise précocement, dans son pays d’abord, puis lors de ses voyages d’études initiatiques dans le monde arabe.

 

 

Pour honorer la mémoire et l’œuvre de cet imam du siècle défunt, que fut le cheikh Abdelhamid Ben Badis, illustre éducateur et l’une des grandes figures de notre Panthéon national, le 16 avril a été institué par les pouvoirs publics : Youm El Ilm/ Journée de la science.

 

 

Rappel bibliographique de son œuvre(en  langue arabe) :

 

 

·  Mabadi : El Oussoul –Texte présenté et annoté par A. Talbi, -Alger, SNED, 1980. -48p.

 

 

·  Alaqaid Al islamia Min Al Ayat Al qorania Wal Ahadith  An Nabawiyya -Texte annoté et commenté par Mohammed Hassen Foudhala -Constantine, Dar el Baath, 1985. -120p.

 

 

·  Athar Abdelhamid Ibn Badis –Alger, Ministère des affaires religieuses, 1985- 4vol.

 

 

·  Madjaliss At-Tadhkir –Alger, Ministère des affaires religieuses, 1991.

 

 

Rappel Bibliographique critique de son œuvre (en langue française) :

 

 

· Ali Merad –Ibn Badis, commentateur du Koran (deux éditions existent)  -Paris, Geuthner – 269p.

 

 

 -Alger, SNED, 1971, -269p.

 

 

· Ali Merad-le Réformisme musulman en Algérie de 1925 à 1940 : Essai d’histoire religieuse et sociale

 

 

 Paris, Mouton, 1967 – 474p.

 

 

 

 

 

 

Abdelhamid Ben Badis un homme de pensée et d'action

 

ABDELHAMID BEN BADIS est né le 5 décembre 1889 à Constantine d'une famille de vieille bourgeoisie citadine.

 

 

Après des études coraniques à la zaouyya Aissaoua, il part en 1908 pour Tunis où il poursuit ses études à l'Université Zeïtouna jusqu'en1911. C'est à la Zeïtouna où il prend contact avec des 0ulama et des patriotes tunisiens qu'il s'éveille à la conscience nationale. Cet éveil est soutenu par des motivations telles que : l'histoire da l’Algérie, la situation de la langue arabe et de la religion etc...

 

 

En 1922, il part en pèlerinage à la Mecque, puis voyage à Médine, Damas, Le Caire, rencontre des Oulama de ces pays avec qui il a des entretiens  et des débats.

 

 

En 1913 pénétré des idées de la Nahdha et de l'enseignement des cheikhs Abdou et Djamal Eddine El Afghani, Abdelhamid Ben Badis retourne an Algérie.

 

 

A Constantine, les premières prédications religieuses du jeune Ben Badis rencontrent une relative audience auprès des couches populai­res mais se heurtent à une violente réaction de la bourgeoisie locale  et de l'Administration coloniale.

 

 

A la mosquée Sidi Lakhdar, il ouvre la première des 130 médersas que comptera le pays 20 ans plus tard. Dans cette médersa, des élèves de diverses régions viennent étudier le Coran, mais aussi, et selon des méthodes modernes, l’histoire de l’Algérie, la littérature arabe et d'autres disciplines. Ce renouvellement pédagogique est une préoccupation commune aux cercles réformistes du Maghreb et du Machreq arabes.

 

 

Abdelhamid Ben Badis impulse le développement d'un fonds d'entraide aux médersiens. Il forme le corps enseignant qui va essaimer à travers le pays. Il organise la mixité dans les médersas: garçons et filles étudient ensemble. Dans cette entreprise, il doit lutter à la fois, contre l'hostilité de l'Administration coloniale et celle des confréries maraboutiques et de la bourgeoisie locale. Il s'appuie sur les couches populaires qui lui apportent leur soutien moral et matériel. C'est que les couches populaires sont plus sensibles à son oeuvre pratique qu'aux promesses des notables.

 

 

L'affluence des jeunes, fils de petits commerçants, de travailleurs, de talebs, de paysans pauvres, tous assoiffés d'instruction et de savoir font redoubler l'énergie de Ben Badis qui va consacrer conjointement à son oeuvre de "Tefsir" (commentaire du Coran) une grande partie de ses forces à l'éducation de la jeunesse. Au contact des médersas, ces jeunes vont pouvoir exprimer leurs préoccupations et leurs espoirs; ils seront l'un des chaînons du mouvement de la Nahdha en contribuant notamment à faire sortir la langue arabe du ghetto dans lequel le colonialisme l'avait confinée.

 

 

En 1919, Abdelhamid Ben Badis crée la première imprimerie en arabe et commence une longue carrière de journaliste. Il animera successivement les journaux "En Nadjah", "El Mountaqid", "Ech Chihab" et "El Baçaïr". La lecture des textes qu'il publie, surtout dans "Ech Chihab" confirme son ouverture d'esprit sur le monde moderne.

 

 

Au fur et à mesure que Abdelhamid Ben Badis avance dans son travail d'éducation de la jeunesse et de rénovation, se multiplient autour de lui et contre lui les attaques de la bourgeoisie et des marabouts, auxiliaires et chiens de garde de l'Administration coloniale. Ses prises de positions publiques se politisent de plus en plus, surtout à partir de 1931, date à laquelle il fonde "L'Association des 0ulana d'Algérie" qu'il présidera jusqu'à sa mort. Cette association ouvre pour cheikh Abdelhamid Ben Badis un champ d'activité très large. Dans de nombreux articles de presse, conférences, prises de parole, il entreprend une vigoureuse défense de la langue arabe, de la liberté du culte. Il ne cesse de cerner, en des termes de plus en plus précis, la question nationale et la personnalité algérienne.

 

 

La victoire du front populaire en France (1936) coïncide avec l'essor du mouvement national et aide objectivement à son développement. Elle fait naître des espoirs. C'est l'époque du "Congrès Musulman" dont nous parlons par ailleurs.

 

 

Après la dislocation, du Congrès en été 1937, le cheikh Ben Badis retourne alors à son activité propre à la tête de "l'Association des Oulama". Il poursuit en même temps son activité de journaliste, mène une lutte quotidienne contre la répression qui s'abat sur les patriotes algériens et dénonce la propagande fasciste et les agissements antisémitismes.

 

 

Miné par la maladie, il meurt prématurément le 16avril 1940 à Constantine, sa ville natale. Alors que la seconde guerre mondiale faisait déjà rage, aggravant les préoccupations de chacun, cette mort ne passa pas inaperçue. En effet, plus de 20000 personnes assistèrent à ses obsèques qui prirent l'aspect d'une gigantesque manifestation d'adhésion des masses populaires aux principes humanistes, anticolonialistes et démocratiques qui ont guidé la vie et inspiré l'oeuvre de ce grand combattant algérien.

 

 

TOUTE UNE VIE AU SERVICE DE LA LIBERTE ET DU PROGRES

 

 

Pour de nombreux Algériens, le nom de Ben Badis évoque surtout la lutte inlassable menée par le cheikh pour préserver et revaloriser la langue et la culture arabes, pour affirmer et sauvegarder la personnalité algérienne, pour éliminer les déformations maraboutiques qui défiguraient l'islam et en faisaient un instrument au service de la domination coloniale.

 

 

Mais Ben Badis fut aussi un éminent dirigeant politique qui contribua largement au développement du mouvement national sous sa forme moderne.

 

 

A ces divers titres, Ben Badis est une des grandes figures nationales de l'Algérie. Son oeuvre profondément humaniste, ses idéaux démocratiques et son action anticolonialiste constituent un enseignement précieux pour tous les algériens. Certes, cette oeuvre et cette action appellent un examen critique et des études scientifiques

Mercredi 03 Mai 2006
  • عاش للسلام ومات من أجل السلام
    محمد الصديق بن يحيى كرس حياته لخدمة وطنه

     

يسميه البعض مهندس السياسة الخارجية الجزائرية خلال السبعينات وفي مطلع الثمانينات، لعب دورا كبيرا في إيجاد حلول أكبر المعضلات السياسية في العالم